
A perte de vue, encore de l'eau.
Quelques nouveaux éléments de notre vie a bord.
CORIOLIS (Effet) - Depuis que nous sommes dans l'hémisphère sud les lavabos se vident en tourbillonnant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, c'est toujours rassurant de vérifier par soi-même un phénomène physique théorique. J'ai fait aussi l'expérience au niveau de l'équateur lui-même, l'eau passait tout droit. Je suppose que les lavabos développent dans ces voyages de graves névroses, car ils ne savent plus de quel côté se tourner.
DAUPHINS - Ils sont notre Graal à nous, il y a toujours au moins un passager que l'on peut voir ici ou là en train de scruter désespérément les flots pour en apercevoir. Mais pour voir des dauphins deux conditions doivent être simultanément remplies :
1 - Qu'il y en ait, ce qui n'est pas évident. Les connaisseurs disent que l'océan pacifique est, en dehors des iles, une mer vide, trop profonde pour que les petits poissons puissent s'alimenter sur les fonds, trop peu fournie donc pour que les gros poissons puissent manger à leur faim, car dans l'océan les gros mangent les petits...
2 - Qu'on soit au bon endroit au bon moment. Les dauphins ne font que passer, jouent un moment autour de la proue puis vont voir ailleurs.
Alors quand quelqu'un en voit, quel beau sujet de conversation, c'est encore mieux que les fuseaux horaires, ça peut tenir tout un repas ! Mais il y a longtemps que cela ne s'est pas produit.
EXPLOSIFS - Nous avons remarqué que l'un des conteneurs placé à l'avant du bateau portait des étiquettes "Danger" et "Explosifs". Renseignements pris il s'agit d'un lot de feux d'artifices en tous genres, destiné à quelque ville en mal de festivités. Je complète donc mes projets pour l'île déserte sur laquelle nous échouerons peut-être : nous pourrons y célébrer dignement les fêtes nationales des neuf pays (Ecosse, France, Grande-Bretagne, Hollande, Inde, Philippines, Russie, Suisse, Ukraine) représentés à bord. Vous remarquerez que, suite aux vives pressions exercées par notre écossais, j'ai accordé l'indépendance à son pays.
ORDINATEURS - Le bateau en est plein, sur la passerelle, dans la salle de contrôle des machines, jusque sur les appareils de la salle de gym (paraît-il). Pour l'usage des passagers une vieille bécane est dédiée à la lecture et l'écriture des mails. Ce qui est déjaà fort bien, sur beaucoup d'autres cargos chaque mail est payant et compliqué, ici c'est gratuit et ouvert en permanence.
Tout un protocole s'est assez vite mis en place autour de cette boite-aux-lettres collective. On ne lit PAS le courrier des autres, ce serait schocking. On passe d'un air détaché devant l'ordinateur quand il est occupé, même si l'on se demande ce que ces gens-la peuvent bien avoir à écrire si longuement. Et on se fait un malin plaisir de dire au voisin "No mail today" quand c'est le cas.
Bien entendu c'est le commandant qui assure la fonction de webmaster, puisqu'il est le seul maître etc...
PASSERELLE - Centre cérébral du bateau, ce lieu suprême est ouvert aux passagers, à condition qu'ils sachent y rester à leur place, c'est-à-dire se faire tout petits (surtout ne toucher à rien !). En dehors des manoeuvres dans les ports, où elle n'est pas accessible aux profanes, la passerelle offre à l'abri du vent ou de la pluie une large vision du bateau et de son environnement. Elle comporte tous les systèmes de navigation de rigueur, plusieurs radars, des super-GPS, les tableaux ou manettes de commande des machines (encore en russe). Trois officiers exercent chacun deux quarts de quatre heures à huit heures d'intervalle, toujours les mêmes. Ils ont donc leurs habitudes et nous savons qui trouver selon l'heure. Ils sont très gentils et nous aident volontiers à comprendre comment ça marche. Mais ils ont beaucoup de travail, ils reportent le point sur les cartes, et notent sur le journal de bord tout ce qui se passe.
TEMPETES - A part une petite agitation dans l'Atlantique nous n'avons eu jusqu'ici que du grand calme. Cela n'empêche pas le cargo de rouler comme un gros tonneau ivre, mais plus personne n'y fait attention et c'est même plutôt agréable. Alors les passagers commencent à émettre des avis du genre "Ce serait intéressant de voir à quoi ressemble une tempête ?". Le commandant apprécie modérément, pour lui une tempête c'est du retard et rien que des complications. On ne peut pas compter sur lui pour courir sus aux gros bouchons noirs qui ferment parfois l'horizon.
TRANSATS - Ce n'est qu'au milieu du Pacifique qu'on a sorti les transatlantiques. Y a t-il eu une vie avant les grands paquebots pour ce genre de chaise longue destinée à favoriser en mer les somnolences post-prandiales des riches oisifs ?
1 commentaire:
Merci, je suis gâté par tous ces détails.
Il ne manque plus que les règles d'utilisation de la piscine et du baby-foot (quoi, il n'y en a pas ?).
Quasi-dernière question - avant la prochaine escale : nous avons compris que votre cabine donne vers l'avant, mais quelle en est la vue précisément : conteneurs d'oreillers ou d'explosifs ? Quelle est sa hauteur à peu près ?
Avez-vous le vertige à certains endroits ?
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